Le Brésil voudrait construire les sous-marins Scorpène que l’Argentine souhaite acheter

  • Dernière mise à jour le 2 juin 2026.

Le ministre brésilien de la Défense, José Múcio Monteiro, a déclaré que les sous-marins de classe Scorpène que la France entend vendre à l’Argentine devraient être construits au Brésil, dans le cadre d’une opération qui pourrait impliquer un financement, une coopération industrielle et la participation de la structure créée par le Programme de développement des sous-marins de la marine brésilienne.

Le ministre Múcio s’est rendu en Argentine pour tenter de faire progresser les négociations relatives à la vente, au financement et à la construction des sous-marins. La proposition inclut également la mise à disposition de l’avion cargo militaire Embraer KC-390 Millennium à l’armée de l’air argentine.

Cette initiative place le Brésil au cœur d’une possible reconstruction des capacités sous-marines de l’Argentine. Buenos Aires est privée de sous-marins opérationnels depuis la disparition de l’ARA San Juan en 2017, un épisode qui a profondément affecté la marine argentine et mis en lumière la dégradation de sa flotte sous-marine.

La classe Scorpène est un projet initialement développé par le Groupe Naval Group français et adopté par différentes marines à travers le monde, notamment au Chili, en Malaisie, en Inde et au Brésil. Dans le cas brésilien, ce modèle a servi de base à la classe Riachuelo, construite au complexe naval d’Itaguaí à Rio de Janeiro, dans le cadre du programme ProSub.

Le programme brésilien, signé avec la France en 2008, a permis la construction de quatre sous-marins conventionnels dérivés du Scorpène : le Riachuelo, l’Humaitá, le Tonelero et l’Almirante Karam. Outre les bâtiments, l’accord prévoyait un transfert de technologie, le développement d’infrastructures industrielles et la création d’une base pour le futur sous-marin nucléaire brésilien.

Si l’accord avec l’Argentine se concrétise, la construction de sous-marins au Brésil représenterait un progrès considérable pour l’industrie navale brésilienne. Le pays ne se contenterait plus d’acquérir et d’utiliser la technologie française, mais deviendrait également une plateforme régionale pour la production de sous-marins destinés à des pays tiers, en partenariat avec la France.

Pour l’Argentine, la solution brésilienne présenterait des avantages logistiques, politiques et industriels. La proximité géographique permettrait de réduire les coûts de suivi, de formation et de soutien. De plus, la construction à Itaguaí permettrait au pays de tirer parti d’une chaîne d’approvisionnement déjà établie pour les sous-marins dérivés de la classe Scorpène.

Cependant, la négociation est tributaire de facteurs financiers et politiques. L’Argentine est confrontée à de fortes contraintes budgétaires et devrait structurer un financement à long terme pour que l’acquisition soit viable. C’est pourquoi la visite du ministre Mucio visait également à discuter des mécanismes de crédit et des modèles de coopération qui rendraient le projet réalisable.

L’offre brésilienne intervient dans un contexte de rapprochement pragmatique entre Brasília et Buenos Aires dans le domaine de la défense. Outre les sous-marins, le Brésil cherche à vendre à l’Argentine le KC-390 Millennium, un avion de transport militaire multimission développé par Embraer. Cet avion cargo peut effectuer des missions de transport tactique et logistique, des évacuations aéromédicales, des largages de fret et de troupes, du ravitaillement en vol et une aide humanitaire.

Le KC-390 a déjà été sélectionné par les pays de l’OTAN et les partenaires du Brésil, s’imposant ainsi comme l’un des principaux produits d’exportation de l’industrie de défense brésilienne. L’Argentine, qui a initialement participé à la chaîne de production du programme via l’usine aéronautique argentine, est considérée comme un client potentiel naturel pour cet appareil.

La vente conjointe éventuelle de sous-marins et d’avions renforcerait la stratégie brésilienne d’expansion sur le marché régional de la défense. Pour la base industrielle de défense, cette opération pourrait créer des emplois, préserver les compétences technologiques et accroître la production dans deux secteurs jugés stratégiques : la construction navale militaire et l’aviation de transport.

D’un point de vue géopolitique, la reconstitution de la force sous-marine argentine aurait également un impact sur l’Atlantique Sud. Cette région est considérée comme stratégique pour le Brésil et l’Argentine, tant pour la protection des routes maritimes que pour la présence de ressources naturelles, de câbles sous-marins, de zones de pêche, d’exploration offshore et d’intérêts antarctiques.

Actuellement, le Brésil exploite et construit des sous-marins conventionnels modernes, tandis que l’Argentine cherche à retrouver une capacité qui a joué un rôle important dans son histoire navale. Une solution impliquant des sous-marins Scorpène construits au Brésil pourrait créer un axe de coopération régionale sans précédent, combinant la technologie française, l’infrastructure brésilienne et les besoins opérationnels argentins.

Référence :

Poder naval (Brésil)